Expatriation : après 8 ans, c’est fini !

Aujourd’hui quand nous nous baladions au parc, une jeune maman française est venue me parler. Elle venait d’emménager à Madrid et comme je parlais français puis espagnol, m’a demandé si je vivais ici et si je pouvais lui parler de ma vie dans la capitale, comment ça se passait etc… Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu à parler de ma ville, depuis bientôt 8 ans que nous avons quitté Paris, on peut en effet dire que c’était devenu « ma ville », même si pendant de longues années je me suis sentie plus parisienne que madrilène. Et cela faisait longtemps que je n’avais pas pris du recul pour en parler. Nous avons discuté une quinzaine de minutes, je lui ai laissé mon numéro pour discuter de tout ça plus posément autour d’un café. Ça me fait toujours plaisir de partager mon expérience avec ceux qui arrivent. C’est comme ça que ça se passe quand on est expatriés ; il y a ceux qui viennent, ceux qui partent, ça bouge pas mal (et ceux qui restent quand même). Après avoir été dans les deux premières catégories nous sommes maintenant dans le rôle de la troisième, dans moins de trois mois. Ça m’a fait penser à toutes les raisons qui nous ont amenées ici et celles qui nous font quitter Madrid.

Entre une capitale et une autre, même sans le vouloir, on se laisse facilement aller à la comparaison mais je vais m’y abstenir. Je peux juste préciser que Paris et Madrid sont radicalement opposées c’est le moins qu’on puisse dire ! Alors que c’est difficile de « qualifier » un environnement car on se base sur son vécu, c’est forcément orienté sur son affect. Mon expérience en Espagne, d’autres personnes l’aurait sûrement vécu différemment. Je vais alors parler de ce qui nous a attiré ici et aussi des raisons de notre retour en France (Lyon). Cela peut intéresser certains d’entre vous qui chercheraient de nouveaux horizons pour vivre.

El parque del Buen Retiro, un des endroits que je préfère à Madrid. Je ne compte plus les heures que nous y avons passées pour échapper à la chaleur de la ville ou pour accompagner notre fils jouer. Este parque está precioso…


Le soleil de Madrid, la fête, la vie cool, les robes de flamenco à pois, la tortilla, le bel ibérique (avec la cire brillante dans les cheveux), la corrida, voici les plus gros clichés (ah non j’avais oublié l’équipe de foot du Real, forcément !) qui nous arrivent en tête quand on parle de la capitale castillane… Évidemment c’est très réducteur et je préfère vous dire ce qui nous a fait apprécier cette ville pour y VIVRE, c’est davantage :

  • Une vraie qualité de vie, très appréciable quand on vient « du nord » ! Passer son temps en terrasse est un vrai sport national ! Soleil et lumière valent de l’or, plus que l’insupportable la chaleur d’été.
  • La sociabilité et la gentillesse des gens, qui crée une ambiance cool et festive (même pendant certaines manifs !). Quand j’ai eu mon enfant, je les ai trouvé vraiment bienveillants et aidants avec nous, ça ne fait vraiment pas de mal…
  • A Madrid il y a beaucoup de sécurité (due au respect de la police ? aux rondes régulières d’hélico ?), et c’est rassurant. Une qualité rare pour une grande ville de nos jours, vous serez entièrement d’accord avec moi j’imagine !
  • Une ville où c’est facile de faire du sport, facile de sortir de la ville pour trouver calme et nature, de se déplacer dans le centre avec des enfants et/ou à pied, même si le trafic peut devenir vite chaotique. Heureusement des taxis sont dispo à tous les feux rouges !

El parque del Buen Retiro.


Quand on est partis de Paris, on ne connaissait pas beaucoup l’Espagne, on ne parlait même pas la langue, mais l’idée même d’aller vivre dans une ville qui connaît plus de 2500 heures d’ensoleillement par an à l’ambiance « fiesta & siesta » nous avait motivé ! On était loin d’imaginer qu’on vivrait dans une sorte de bulle ensoleillée qui vivait à son propre rythme, avec une culture forte et préservée. Mais malgré tout ça, on a décidé de rentrer en France. Comment peut-on quitter Madrid ? J’en entend certains d’ici malgré la distance 🙂 Et bien en voici les principales raisons ;

  • La distance avec notre famille : au bout de 8 ans ça devient parfois pénible de devoir faire des aller et retours systématiques pour Noël, Pâques etc …  On vient nous voir bien sûr, mais ça devient aussi un peu plus fatiguant chaque année pour nos parents.
  •  Je me sens parfois trop dans une « bulle » qui manque de dynamisme et de mixité au niveau professionnel. J’ai parfois le sentiment que c’est ce même côté cool de la ville qui paralyse un peu ce dynamisme. Je trouve qu’il y a un manque d’ouverture sur ce qui se passe à l’extérieur du pays, la ville est géographiquement enclavée au centre du pays et mal connectée pour une capitale. J’ai été architecte d’intérieur à Paris pour mon propre compte, mais je n’ai pas voulu réintégrer ce milieu à Madrid : le marché est en retard par rapport à Paris, le milieu plus fermé et les mentalités différentes. Et les femmes sur les chantiers ne courent pas les rues. J’ai préféré me lancer dans une autre aventure, ouvrir un atelier de cookies, ça a bien pris au début mais le bilan a été finalement mitigé, je vous raconterai ça une prochaine fois.
  • La ville est peu loin de tout (heureusement il y a Valencia qui est une destination de weekend super) mais loin de la montagne, or on souhaitait vraiment se rapprocher des Alpes françaises.
  • Il reste difficile de monter un business quand on n’est pas espagnol voire madrilène, ou alors il faut s’associer avec quelqu’un de confiance sur place. Et aussi s’entourer d’un bon comptable et bon avocat car les lois sont différentes.
  • On entend dire que le coût de la vie n’est vraiment pas cher à Madrid, j’ai quand même envie d’ajouter que oui ça l’est, si on a un salaire d’expatrié en effet c’est plutôt chouette… avec un salaire local moyen c’est moins glorieux. Depuis la crise de 2008, les prix des logements ne cessent d’augmenter.
  • Une femme qui suit son mari (ou inversement !) devra parfois s’accrocher pour retrouver l’équivalent de son poste ici. Autour de moi j’ai beaucoup d’amies qui ont eu des enfants et qui n’ont pas retrouvé de travail, ou qui ont gardé leur job en France, travaillant à distance et/ou faisant des AR. Faisable bien sûr, mais difficilement compatible avec une vie de famille. J’en ai fait l’expérience, c’était devenu épuisant, alors que je n’avais pas encore eu mon fils.

Pour « résumer », on était vraiment contents de venir s’installer ici, on ne va pas dire le contraire. On commençait à saturer de la « grisaille parisienne », à ressentir un peu trop souvent une énergie négative. Il était alors temps d’agir, et nous avons eu une opportunité professionnelle.

A la suite de nos expériences passées en Espagne, on a eu de nouvelles priorités (notamment notre façon de vivre qui a bien changé) et des projets qui auront plus de potentiels et de sens à être développés en France. Et puis, si on ressent le besoin d’un changement, c’est que peut-être il est temps de le faire, « reseter » !

Madrid est une ville où il fait vraiment bon vivre. Les gens aiment beaucoup sortir, socialiser, tapear (art de prendre l’apéro), prendre leur temps et profiter de la vie, si c’est ce que vous cherchez, vous ne serez pas déçus.


Je vous avoue qu’avoir vécu en Espagne a beaucoup influencé ma façon d’aller vers les gens ; je ne suis plus constamment sur mes gardes dès que quelqu’un vient m’aborder dans la rue, je parle bien plus facilement aux inconnus (n’allez pas croire ce que je n’ai pas dit!!). Pratiquer une langue étrangère motive à s’exprimer, je suis moins timide qu’avant (peut-être est-ce aussi les 8 ans en plus). Bref, j’ai l’impression d’avoir adopté un penchant espagnol, à vouloir aussi profiter de la vie avant tout, oui ça doit être ça, je me suis peut-être bien « espagnolisée »…

« Je suis Français, Espagnol, Anglais, Danois. Je suis pas un, mais plusieurs. Je suis comme l’Europe, je suis tout ça. Je suis un vrai bordel. » – L’Auberge Espagnole (Cédric Klapisch).

Je ne suis pas une fille nostalgique mais depuis quelques temps il m’arrive de penser à ce fameux jour où nous regarderons notre appartement, notre rue, notre ville une dernière fois avant de filer. Ça me fait drôle car ce sera une partie de notre vie, 8 ans ce n’est pas rien. L’échéance se rapproche. Je suis à la fois pressée de découvrir notre nouvel environnement, mais tout aussi triste de laisser une partie de mon passé. Enfin je réalise aussi que c’est plus qu’une ville que je quitte, je suis alors triste de quitter les personnes avec lesquelles je m’entends bien. Mais je sais au fond de moi que j’aurai l’occasion de les revoir, malheureusement pas tous, mais certains d’entre eux avec qui j’aurai gardé contact. A l’occasion d’un weekend à Madrid, par exemple 🙂

 

 

Mrs LittleRocks

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